Le rôle et le statut des femmes de médias dans les contextes de conflits armés, de violences internes et des opérations de souti
Cameroon chapter : iawrtcam@yahoo.fr BP 13187 Yaoundé
RAPPORT DU SEMINAIRE SUR :
Photo de famille à l'issue de la cérémonie d'ouverture Les participants autour du ministre de la Communication, de l'ambassadeur de Suisse au Cameroun et du Directeur Général de la CRTV
SOMMAIRE
Sommaire P.2
Note de présentation P.3
Contexte P 5
Objectifs du séminaire P.5
Résultat attendu P.6
Découpage de l'atelier P.7
Module 1 P.9-14
Module 2 P.15-21
Module 3 P.22-24
Module 4 P.25-30
Conclusion et perspectives P.30
Recommandations P.32
Résolutions P.33
Remerciements P.34
Bibliographie P.36
L'antenne camerounaise de l'International Association of Women in Radio and Television - IAWRT a organisé du 14 au 16 janvier 2009 à Yaoundé, un séminaire atelier sous régional sur le thème : « Le rôle et le statut des femmes de médias dans les contextes de conflits armés, de violences internes, des opérations de soutien et de promotion de la paix en zone CEMAC ».
Cette activité était mise en œuvre à l'intention des femmes de médias exerçant à l'intérieur de la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC), grâce à un appui financier de l'Ambassade de Suisse au Cameroun.
Etaient également invités à prendre part à cet atelier, des reporters ayant eu à couvrir une actualité sur le phénomène des coupeurs de route et autres violences que vivent fréquemment les populations habitant cet espace communautaire, ainsi que de jeunes militantes des associations oeuvrant pour la promotion de la paix et la protection de l'environnement.
Une trentaine de participants venus du Tchad, de la RCA et du Cameroun, recrutés dans les secteurs public et privé, les organes de l'audiovisuel et de la presse écrite, ont ainsi pris part pendant trois jours à ces travaux, sous l'encadrement technique de la Délégation Régionale du Comité International de la Croix Rouge (CICR) pour l'Afrique Centrale.
Une cérémonie solennelle a marqué l'ouverture des travaux, présidée par le Ministre de la Communication du Cameroun, Jean Pierre Biyiti Bi Essam, en présence de l'ambassadeur de la Confédération Helvétique au Cameroun : S.E Etienne Thévoz et du Directeur Général de la Cameroon Radio Television, Amadou Vamoulké.
Dans son allocution de circonstance, la présidente de l'IAWRT/Cameroun a justifié cette rencontre par le souci de voir davantage impliquées les femmes de médias de l'espace CEMAC dans la prise en compte à travers leurs organes de presse, de la problématique genre, conflits armés et autres violences internes. Des soubresauts au cours desquels les femmes de la sous région paient un lourd tribut.
Le discours de Madeleine Memb -journaliste à la Cameroon Radio Television-CRTV, transportait comme un cri du cœur « ...révoltées par ces images qui nous parviennent jour après jour des zones déstabilisées, nous nous posons toutes une fois ou l'autre, cette question banale et néanmoins cruciale : qu'y puis-je? Dans mon rôle de journaliste ! Dans mon rôle de femme ? A chacun sa réponse : professionnelle ou associative. Nous ne voulons pas rester indifférentes à ces atrocités ». « L'élémentaire réflexe professionnel devrait conduire nos pas vers ces femmes et leurs enfants, pour porter à la face du monde la voix de leur souffrance. Mais nos élans sont freinés par des obstacles de divers ordres. Des obstacles qui se déclinent entre autres en termes de faiblesses de nos capacités professionnelles. Car traiter l'information liée à un contexte de conflits armés nécessite une compréhension pour le journaliste, aussi bien du contexte géopolitique que des instruments juridiques internationaux censés régir ces conflits » a -t-elle déclaré à l'assistance. Pour le Ministre de la Communication du Cameroun Jean Pierre Biyiti Bi Essam, « la géographie des conflits armés présente une triste réalité en zone CEMAC, et le Cameroun n'est pas épargné par le phénomène des coupeurs de route ». C'est pourquoi il a salué cette initiative de IAWRT/Cameroun qui permet aux femmes des médias de la sous région de réfléchir sur leur rôle, car attentives aux cris des victimes des différentes crises. « La pacification d'un Etat reste, somme toute, le moteur de son équilibre et le garant de la sécurité des citoyens, notamment les catégories les plus vulnérables que sont les enfants et les femmes. Et lorsque le monde connaît un déséquilibre, l'implication des femmes pour la restauration de la paix reste une approche salutaire. « La paix n'a pas de prix ! » a-t-il rappelé. « Les initiatives visant à favoriser le retour à la paix au sein des communautés en conflit et les stratégies pour la promotion des mécanismes pour une paix durable en zone CEMAC ne peuvent qu'être encouragées par les autorités publiques camerounaises.
L'ambassadeur de Suisse au Cameroun - S.E. Etienne Thévoz quant à lui a rappelé l'attachement de son pays à la paix. La Suisse contribue ainsi a-t-il dit à différentes opérations de maintien de la paix en Afrique notamment, entre autres, le financement de plusieurs programmes de Démobilisation-Désarmement-Réinsertion (DDR). Il a indiqué par ailleurs que la Suisse encourage les efforts que déploient certains chefs d'Etats africains et différents organismes pour faire régner la paix sur le continent. Tout en saluant l'organisation de cet atelier, l'ambassadeur a émis le vœu qu'il puisse offrir aux femmes des médias une occasion d'avoir des notions sur le droit. Cela afin qu' « elles puissent apporter leur savoir faire aux peuples qui se battent pour la résolution des conflits », a-t-il précisé en donnant l'exemple du mouvement « 1.000 femmes pour la paix » qui compte en son sein une centaine d'africaines ».
Table des officiels à la cérémonie d'ouverture le 14 janvier 2009
Des conflits ouverts ou latents traversent depuis quelques années l'espace CEMAC et affectent de manière considérable le développement économique et social de la sous- région.
En même temps que la stabilité de la région de manière globale est menacée par cette situation, les populations féminines restent les plus touchées par ces conflits, et de l'insécurité qui en découle.
Concernées au premier plan par ces soubresauts, les femmes donnent l'impression de pleurer en silence sur leur sort. Les seules images qu'elles offrent n'étant que celles de victimes résignées, traumatisées par toutes les formes de violences imaginables.
Quelle est la réponse qu'apportent les médias de la sous région à cette douleur silencieuse ? Les femmes des médias peuvent-elles mieux saisir la détresse des victimes féminines des conflits ?
Les objectifs de ce séminaire de formation des femmes de médias en zone CEMAC était
1. objectif global
Ø optimiser une prise en compte par les médias d'Afrique Centrale de la problématique genre, conflits et promotion de la paix en zone CEMAC.
2. objectifs spécifiques
§ faire acquérir aux participant-es- les règles du Droit International Humanitaire ;
§ favoriser la familiarisation avec les instruments internationaux traitant des questions liées aux femmes et aux conflits armés ;
§ renforcer la compréhension de la dimension genre dans les processus de retour à la paix et la réconciliation ;
§ améliorer les connaissances relatives au rôle, statut et mandat des journalistes et des organisations humanitaires dans les contextes de conflits armés ;
§ faire acquérir les techniques de couverture des conflits aux participant-es-.
Pour ce faire, l'atelier s'est fondé sur un nombre de méthodes pour rendre les trois jours d'échanges aussi fructueux et enrichissants que possible. Ce sont ainsi alternés : les exposés des intervenants, des débats et des échanges de vues des participant -e- s. L'atelier a utilisé un matériel et support pédagogique en fonctions des besoins et des attentes des participant -e- s. Il s'est agi plus précisément : ü -des présentations commentées sur power point ; ü des exposés ; ü des brainstormings ü des échanges et discussions.
Résultat Attendu
Une meilleure lecture par les femmes de médias des contextes de conflits armés à l'intérieur de l'espace CEMAC, au regard de leur impact sur les femmes, du Droit International Humanitaire - DIH et du rôle des organisations humanitaires, quand on sait que selon E. Rehn et E. Johnson Sirleaf[1] :
«... La plupart des conflits sont plus durement ressentis par les femmes, notamment de par les dangers écologiques et les problèmes liés à la malnutrition et au stress qui en découlent. Les femmes sont également aux prises avec les problèmes de santé procréative, des grossesses et des traumatismes physiques et mentaux dus aux sévices sexuels...Le nombre relativement peu élevé de femmes journalistes à tous les niveaux, mais plus particulièrement dans le reportage de guerre, aggrave la faible prise en compte de cette dimension ... »
Jean Pierre Biyiti Bi Essam, Ministre de la Communication du Cameroun: » lorsque le monde connaît un déséquilibre, l'implication des femmes pour la restauration de la paix reste une approche salutaire ».
Jour 1 14 janvier 2009
9h00 - 9h30 : cérémonie solennelle d'ouverture
Séance 1 - Exposé sur le DIH (Maria Teresa Garrido, déléguée communication - CICR/Afrique Centrale) ;
Séance 2 - Les femmes dans le DIH. Types de violences exercées sur les femmes et les enfants (Lydie ELLA ESSISSIMA, conseillère juridique CICR/Afrique Centrale) ;
Séance 3 - Le statut des journalistes dans le DIH (Maria Teresa Garrido)
Séance 4 - Présentation du mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : origine, composantes, emblème et principes fondamentaux (Rosine KAM, assistante du département de Communication de la Délégation régionale du CICR à Yaoundé) ;
Séance 5 - Le CICR et les médias (Maria Teresa GARRIDO) ;
Séance 6 - La nature juridique du CICR ; éléments pour construire une stratégie de sécurité (Maria Teresa Garrido)
Jour 2 - 15 janvier 2009
Séance 7 : (Suite module 1) Genre et DH (CNUDHD).
Le genre et les DH (Dorothée Onguene Ndoh, Centre des Nations Unies pour les Droits de l'Homme et la Démocratie/Yaoundé)
Séance 8 - Les processus de règlement des conflits (Dr Kenfack Jean, enseignant de Droit International - Institut des Relations Internationales du Cameroun- Université de Yaoundé 2) Séance 9 - Les politiques de réparation des exactions commises sur les femmes en contexte de conflits armés dans la zone CEMAC (Dr Owona Nguini Mathias Eric, Politologue, Université de Yaoundé 2)
Jour 3 - 16 janvier 2009
Séance 10 - Les besoins spécifiques des victimes de conflits armés en matière de communication (Abbé Grégoire Owono, Curé et aumônier de la prison centrale de Kondengui/Yaoundé) ; Séance 11 - Partage d'expériences dans la couverture médiatique des conflits et des violences internes (Halimé Assadya Ali- Radio Ndjaména, Sylvie Panika - radio Ndéké Luka /Bangui, Sidonie Sikoa- Cameroon Radio Television, Djamo Haman- Cameroon Radio Television, Carole Yemelong- Radio Television Equinoxe/Douala) ;
Séance 12 - La couverture médiatique des conflits : posture et éthique journalistique (Richard Touna- Journaliste, directeur de publication de REPERES) ;
Séance 13 - Clôture du séminaire avec lecture et adoption par les participant-e-s de la résolution finale.
Séance 1 - Exposé sur le Droit International Humanitaire - DIH par : Mme Maria Teresa Garrigo[2]
Les objectifs de cet exposé étaient d'apporter aux participant -e- s des éléments juridiques pour lire les situations, comprendre les conflits et le volet humanitaire. Il s'est agi d'une communication sur une sémiologie, un abécédaire juridique afin qu'elles (il) s'approprient les signes et les signaux juridiques pour comprendre les conflits de manière générale et la dimension humanitaire dans une telle perspective en particulier. A la fin de la séance, elles (ils) devaient être capables de : - définir DIH - comprendre ses différents champs d'application.
Cette séance a débuté par une mise à niveau des notions de bases du droit, de tous les droits. L'on a pu retenir que le droit désigne un ensemble de règles qui régissent la vie des individus au quotidien lato sensus. Le droit civique par exemple régit les relations entre personnes ; le droit commercial quant à lui régule le champ des échanges et le droit international public régira la relation entre les Etats à travers la signature des accords... Mais les Etats peuvent avoir des relations amicales ou conflictuelles comme la guerre. Cette dernière relation, la guerre, obéit aussi à des règles : c'est le droit international humanitaire (DIH) ou droit de guerre. Ce droit tire sa genèse de la coutume des peuples, puis plus tard de l'ensemble des codifications sociales qui ont pu y être appliquées. De manière synthétique le DIH sera la traduction des manières de faire, d'agir, de sentir, de se produire voire se reproduire, de se conduire pendant la période de guerre. Son rôle n'est pas d'interdire la guerre, puisqu'elle est interdite depuis 1948 : malgré tout, les faits montrent que certains Etats violent la Charte des Nations Unies, mais d'en limiter les dégâts. Le DIH connaît aussi des limites qu'on nomme : régimes de protection. Pour résumer, le DIH est :
« L'ensemble des règles qui, en temps de conflit armé, visent, d'une part, à protéger les personnes qui ne participent pas ou ne participent plus aux hostilités et d'autre part, à limiter les méthodes et moyens de faire la guerre[3]. »
De ce qui précède, il ressort que le DIH ne s'applique pas aux situations de violences qui n'atteignent pas l'intensité d'un conflit armé. Dans ce cas ce sont les dispositions du droit des Droits de l'Homme (DH) ou des législations internes qui peuvent être convoquées. Toutefois, dans les conflits déstructurés identitaires où la population civile est exposée à la violence, le DIH peut être applicable[4]. Un autre aspect non négligeable de cette définition montre que le DIH a pour but de limiter les souffrances causées par les conflits armés en assurant, autant que possible, protection et assistance aux victimes. Sa particularité est qu'il traite de la réalité liée à un conflit sans tenir compte des motifs, de la légalité ou de la légitimité d'un recours à la force. Ce sont les aspects exclusivement humanitaires qu'il réglemente : c'est le ius in bello (le droit dans la guerre) qui reste indépendant du ius ad bellum ou ius contra bellum (droit de faire la guerre ou droit de prévention de la guerre). C'est souligner ici que le DIH doit assurer protection et assistance à toutes les victimes de guerre, quelle que soit la partie dans laquelle elles adhèrent dans le conflit armé[5].
A la fin de cet exposé, l'assistance aura retenu entre autres que le DIH couvre les catégories suivantes : - les civils ; - les corps sanitaires des forces armées ; - le personnel de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge (ces trois catégories sont considérées comme celles qui ne participent pas aux combats) ; - les blessés et les malades ; - les personnes privées de libertés en relation avec le conflit ; - les personnes qui se rendent ; - les naufragés.
Le DIH protège aussi les biens tels que : - ceux indispensables à la survie de la population civile ; - les installations contenant des forces dangereuses : barrages, installations nucléaires etc ; - les biens culturels ; - l'environnement ; - les hôpitaux ; - les écoles ; - les lieux de cultes ; - les zones sous protections spéciales.
Préoccupations des participant- es- et discussions
A la fin de l'exposé, les préoccupations des participants -e- s tournaient autour :
- de l'action du CICR pour que le DIH soit respecté ; - du rôle de la Cour Pénale Internationale de Justice (CPI) et - des possibilités d'application du DIH dans les contextes de violences internes, à l'exemple du phénomène des coupeurs de route.
Pour la première préoccupation, l'on a appris de la part de l'intervenante qu'il appartenait aux Etats signataires des accords ou traités de faire respecter le DIH. Toutefois le CICR travaille souvent avec les forces armées (FA) pour qu'elles intègrent le DIH. C'est le cas notamment au Tchad, en Centrafrique ou encore au Cameroun ; mais aussi avec les universités pour qu'elles incluent le DIH dans les facultés de droit ; avec les parlements ou enfin des ministères (celui de la justice par exemple) pour qu'ils prévoient des textes de lois pour la répression de violation des lois du DIH. Etant donné que le DIH use du ius in bello (le droit dans la guerre) indépendamment du ius ad bellum ou ius contra bellum (droit de faire la guerre ou droit de prévention de la guerre) et qu'il traite d'un conflit sans considération des motifs légitimes ou légaux d'un recours à la force, c'est la CPI qui peut être chargée de poursuivre les criminel/les de guerres et de faire réparation aux victimes des conflits armés. Pour ce qui est du phénomène des coupeurs de route observé au Nord et à l'Est du Cameroun (frontière avec le Tchad pour la première localisation géographique et avec le Centrafrique pour la seconde) le DIH ne peut pas s'appliquer, car il ne s'agit pas de groupes armés organisés qui obéissent à un chef connu. A ce niveau c'est le droit interne ou droit pénal qui a autorité. Cependant dans les cas d'une épuration ethnique comme cela a été au Rwanda dans les années 1994, le DIH est applicable.
Séance 2 - Les femmes dans la guerre et le DIH par Mme Lydie Ella Essissima[6]
L'objectif pédagogique de cette séance était qu'à l'issue les participants -e- s soient capables de : - lister les conséquences des conflits armés sur les femmes - lister les formes de violences subies par les femmes en contexte de conflits armés - lister les formes de protection et d'assistance que le DIH accorde aux femmes pendant les périodes de conflits armés.
D'entrée de jeu l'intervenante a tenu à ce que les participant -e- s fassent la part des choses entre les catégories femmes et enfants, car très souvent il y a un amalgame, une tendance à mettre ces deux composantes, somme toute vulnérables, dans la même enseigne.
Pour ce qui est de la femme, il a été souligné qu'elle peut parfois jouer le rôle de bourreau (et en cela on retrouve aussi les enfants). On les compte alors soit :
- dans les Forces Armées Nationales ; - dans les groupes armés non gouvernementaux ; - dans les luttes de guérilla ; - dans les guerres d'indépendances etc.
Cependant elles ont souvent joué un rôle crucial dans la reconstruction de la vie familiale et sociale durant et après la guerre. De nos jours par exemple, le Rwanda de l'après génocide est l'un des pays ayant le plus grand nombre de femmes parlementaires. On peut aussi noter parfois la présence des femmes dans les représentations de paix.
Cela dit, de manière générale les impacts connus et répertoriés des conflits armés sur les femmes sont : - les massacres ; - les mutilations ; - les déplacements ; - les violences sexuelles ; - le faible accès aux ressources essentielles ; - et les surcharges de représentations familiales.
Quelles provisions prévoit le DIH pour la protection des femmes ? Il n'y a pas une approche catégorielle, car le DIH est une approche générale de la protection des victimes. Toutefois on peut noter des dispositions spécifiques liées par exemple à l'état de vulnérabilité de la femme enceinte, de la femme ayant des enfants en bas âge ou de la femme ayant été victime de violences sexuelles. On parle de « protection » pour désigner l'ensemble de ces dispositions particulières. Ainsi, pour ce qui est de la santé, le DIH prévoit, dans son article 16, IV de la Convention de Genève, 12 août 1949, que les blessés et les malades, ainsi que les infirmes et les femmes enceintes seront l'objet d'une protection et d'un respect particuliers[7]. Ou encore, pour le cas des violences sexuelles, article 76.1 du Protocole additionnel, du 8 juin 1977, disposera que les femmes doivent faire l'objet d'un respect particulier et seront protégées, notamment contre le viol, la contrainte à la prostitution et toute autre forme d'attentat à la pudeur. Au-delà du DIH,
« Aux termes du Statut de la Cour pénale internationale, le viol et les autres formes de violence sexuelle constituant une infraction grave aux conventions de Genève sont des crimes de guerre lorsqu'ils sont perpétrés dans un conflit armé international ou non international. Il n'est pas nécessaire d'établir que la violence sexuelle est systématiquement pratiquée à grande échelle pour en poursuivre les auteurs pour crimes de guerre. Un seul viol suffit[8]... »
Le cas de l'affaire Mbemba devant le CPI en est un exemple éloquent.
Il n'y a pas de régimes de protection spéciale pour les femmes des FA. Elles sont traitées comme leurs homologues hommes. Cependant une femme appartenant à une FA, une milice armée non gouvernementale ou encore une guérilla mise hors de combat bénéficiera de la protection liée aux populations civiles et en rapport avec son sexe. Le DIH dispose en outre que les femmes enceintes, ou ayant des enfants en bas âges, arrêtées doivent être jugées en priorité et elles ne devront pas être condamnées à mort. Si une telle sentence a tout de même lieu, celle-ci ne sera pas exécutée.
L'action du CICR, tout comme celle du DIH n'est pas catégorielle. Pour lui, toutes les personnes doivent être protégées, mais on tiendra compte des besoins spécifiques des femmes.
Préoccupations des participant-e-s et discussions
A la fin de cet exposé, les participant -e- s ont une fois de plus voulu savoir si le CICR oeuvrait pour la prévention des conflits armés, plutôt que de se contenter du rôle de « sapeurs-pompiers » et aussi, ce que prévoyait le DIH pour les femmes espionnes.
La réponse de la première exposante a été reprise pour répondre à la première question, tandis que pour la seconde on a pu apprendre que les participations directes et indirectes des femmes ou des enfants comme espions, peuvent être poursuivies pour espionnage. Dans ce cas c'est le droit des Etats qui va y répondre. Une discussion a aussi été soulevée sur l'âge de la responsabilité pénale de l'enfant enrôlé dans les conflits armés et qui commet des crimes. Il y a un dilemme, a-t-il été souligné, car selon les conventions européennes, les enfants peuvent être enrôlés dans les armés pas avant 15ans. Tandis qu'en dessous de 18 ans ils ne sont pas pénalement responsables. Face à ce paradoxe, l'Afrique à travers la défunte Organisation de l'Union Africaine (OUA) a été pionnière dans le monde à travers sa Charte Africaine du droit de l'enfant de 1990, pour disposer que l'âge d'enrôlement dans l'armé et sa responsabilité pénale par ricochet ne pouvait se faire en dessous de 18ans. Si l'enfant en dessous de 18 ans enrôlé dans un conflit armé et auteur de crime de guerre est quand même poursuivi, la cour tiendra compte de sa vulnérabilité dans le jugement mais ne manquera pas de tenir aussi pour responsable les chefs de guerre de son armée.
Séance 3 - Le statut des journalistes dans le DIH. par Mme Maria Teresa Garrido
La visée pédagogique de cette séance était qu'à l'issue, les participant -e- s puissent lister les droits et les devoirs du journaliste en contexte de conflit armé.
Il n'y a pas de réglementation particulière appliquée aux journalistes par le DIH en contexte de conflit armé, mais il peut y avoir des dispositions particulières comme pour la femme. Cette protection se trouve dans le Protocole additionnel I de 1977, en son chapitre III, article 79 :
« 1. Les journalistes qui accomplissent les missions professionnelles périlleuses dans des zones de conflit armé seront considérés comme des personnes civiles au sens de l'article 50, paragraphe 1.
2- Ils seront protégés en tant que tels conformément aux Conventions et au présent Protocole, à la condition de n'entreprendre aucune action qui porte atteinte à leur statut de personnes civiles et sans préjudice du droit de correspondants de guerre accrédités auprès des forces armées de bénéficier du statut prévu par l'article 4 A. 4, de la IIIè convention. 3- Ils pourront obtenir une carte d'identité conforme au modèle joint à l'annexe II au présent Protocole. Cette carte, qui sera délivrée par le gouvernement de l'Etat dont ils sont les ressortissants, ou sur le territoire duquel ils résident ou dans lequel se trouve l'agence ou l'organe de presse qui les emploie, attestera de la qualité de son détenteur[9]. »
Si le journaliste est un correspondant de guerre et s'il tombe entre les mains d'autre partie en conflit, alors il devra jouir de la protection due aux prisonniers guerre : IIIè Convention de Genève de 1949, article 4 A. « Sont prisonniers de guerre, au sens de la présente Convention (...) 4) Les personnes qui suivent les forces armées sans en faire directement partie, telles (...) correspondants de guerre (...)celles-ci étant tenues de leur délivrer à cet effet une carte d'identité semblable au modèle annexé. ».
C'est pourquoi par correspondant de guerre, on entend les personnes accréditées par les FA pour rendre compte des activités de guerre des FA qui l'ont accrédité. On est loin de la première approche de cette notion qui définissait le correspondant de guerre comme tout militaire responsable de la formation de guerre sur le champ de bataille. Les conditions pour être considéré comme correspondant de guerre sont par conséquent que la personne soit au service des FA, d'après la première définition que nous avons retenue ; et qu'il soit dûment accrédité par les FA. Il existe des conditions aléatoires qui confèrent l'attribution de ce statut ; c'est que la personne soit un soldat de l'une des parties au conflit, ou qu'il ne le soit pas. Elle doit porter un uniforme, les distinctions et un équipement militaire.
Le journaliste n'étant pas un correspondant de guerre est considéré comme un journaliste en mission périlleuse. La protection qui lui est accordée, s'il tombe entre les mains d'une des parties en conflit, est celle due aux personnes civile au sens de l'article 79 su cité du Protocole additionnel I aux Quatre Conventions de Genève de 1949 et de la IV Convention de Genève de 1949. Le journaliste en mission périlleuse est donc un otage ou une personne privée de liberté dans les conflits armés (PPLCA) tandis que le correspondant de guerre est un prisonnier de guerre.
Préoccupations des participant-e-s et discussions
Les participant -e- s ont voulu savoir après l'exposé si les représentations diplomatiques sont en droit de leur interdire l'accès à la couverture des conflits armés. Ce n'est pas le rôle des missions diplomatiques a-t-on reçu comme réponse. Toutefois, elles peuvent jouer un rôle conseil en parlant aux journalistes de l'état de la situation dans le pays où ils sont accrédités, et il reviendra à ces derniers de décider en leur âme et conscience. Bien plus, le pays où se vit le conflit peut refuser de délivrer un visa aux journalistes. Une autre préoccupation a été de savoir s'il n'était pas possible que les journalistes en période conflit armé aient un statut particulier. Réponse : c'est un débat qui date de plus de deux décennies et qui n'a toujours pas abouti à une réponse allant dans ce sens de la part des Etats.
Ambiance studieuse et conviviale De gauche à droite : Line Renée Batongué (CRTV/Cameroun), Lilianne Nyatcha (Spectrum Television /Cameroon), Achta Saleh (Télé Tchad)
Séance 4 - Présentation du mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge : origine, composantes, emblème et principes fondamentaux par Rosine Kam[10]
L'objet pédagogique de cette séance aura été qu'à l'issue les participant- e- s soient en mesure de : - présenter brièvement ce mouvement - faire la distinction entre la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge - percevoir les missions et les activités du CICR - en apprendre sur ses représentations en zone CEMAC
1859 marque la date de la création du Comité International de Genève, qui deviendra plus tard le CICR. Il est né en plein conflit au cours de la bataille de Solferino sous l'initiative d'Henri Dunant. Il est connu de par le monde comme un intermédiaire neutre sur les questions humanitaires ; neutralité entre les belligérants afin de protéger et d'assister les victimes. Ses signes distinctifs sont une croix ou un croissant rouge sur fond blanc. Les missions du CICR sont distinctes de celles des sociétés nationales des Croix ou Croissant Rouge (elles peuvent intervenir dans les conflits non armés internes ou dans les missions de secours d'urgence : incendies etc) ou encore celle de la fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).
Le rôle du CICR est entre autres de : - identifier et de recenser les prisonniers de guerre (PG) ; - porter assistance aux victimes pendant et après le conflit. Il permet par exemple aux populations déplacées ou résidentes de développer des activités économiques génératrices de revenues ; - diffuser le DIH par des mesures nationales de sa mise en œuvre ; - mener les entretiens sans témoins (EST) avec les PG. Il s'agit pour le CICR de s'enquérir des conditions d'arrestations, alimentaires etc. des PG pour en faire un rapport confidentiel destiné aux parties en conflit. Ce rapport n'est pas donné aux journalistes. Le but est d'améliorer les conditions d'incarcérations des PG ; - soutenir psychologiquement les femmes victimes de viol ; - rechercher les personnes disparues ; - assurer le retour des PG ou effectuer l'échange des PG ; - identifier les dépouilles mortelles ; - rétablir les liens familiaux ; - réhabiliter les personnes victimes des mines anti personnelles ou autres armes de destruction ; - Etc.
Séance 5 - Le CICR et les médias par Maria Teresa Garrido
A la fin de cette présentation, l'assistance devait être en mesure de :
- appréhender les politiques de communications des organisations humanitaires dans les contextes de conflits armés ; - apprécier les types de collaboration avec les médias qu'offre le CICR, tant en situation de conflit qu'en situation de post-conflit
De l'exposé il est ressorti que le CICR peut être une source d'information des médias. Pour cela les services qu'il offre aux médias sont des : - des briefings ; - des interviews ; - des visites de terrain pour couvrir des activités menées par le CICR ; - des conférences de presse ; - des communiqués de presse ; - des formations au DIH et des aides pour faire des grands dossiers.
En outre le CICR peut aussi mettre à la disposition des journalistes des listes de contact. Dans ce rapport qu'il a avec les médias, le CICR a des forces qui peuvent aussi être ses faiblesses. C'est : - savoir qu'il est conservateur (les faits ne sont jamais exagérés) ; - il s'en tient à son observation et non pas à la rumeur ; - sa présence sur le terrain ; - sa présence des deux côtés du conflit ; et enfin - la reconnaissance de sa neutralité, sa partialité.
Ce qu'il y a eu lieu de noter c'est que le but final du CICR dans tous les cas c'est la protection des victimes des conflits. C'est pourquoi il ne donne pas toujours toutes les informations aux journalistes, comme par exemple les informations qui peuvent ressortir des EST. C'est pourquoi il a été nécessaire d'insister sur ce que le CICR ne peut se permettra :
- de commenter les situations militaires ou politiques ; - de prendre partie ; de blâmer ou d'accuser une des parties en conflit ; - de trahir la confidentialité (protection/ détention ; - d'utiliser la dénonciation sauf en cas extrême ou - de violer la dignité des victimes du conflit.
Toutefois, il peut se permettre de décrire ses activités ou ses actions ; de décrire les besoins ou les situations humanitaires ; d'expliquer le DIH ; mettre en contact les journalistes avec les victimes ou les partenaires ; utiliser leurs activités ou projets pour illustrer des problématiques et en fin exprimer ses préoccupations. En conclusion, le CICR a reconnu avoir des limites, mais avoir cependant beaucoup d'informations intéressantes et complémentaires à fournir aux journalistes, sans rien espérer en retour. L'assistance a donc été invitée à contacter le CICR sur son site web : http://www.cicir.org/
Préoccupation des participant- e- s et discussions
L'assistance a voulu savoir si le CICR dans ses activités laisse une marge de manœuvre aux journalistes qu'ils invitent en période d'accalmie ; ou encore l'importance du CICR dans un pays de paix ; ou si le CICR- Cameroun peut travailler en collaboration avec le Tchad par exemple...
Les réponses données ont permis à l'assistance de comprendre que le CICR ne s'entretient qu'avec des personnes qui répondent à leur mandat. C'est la raison pour laquelle s'il invite des journalistes, ceux-ci ne peuvent qu'approcher de telles personnes. Il s'agit de cibler les urgences dans les souffrances d'où le fait que les motifs peuvent parfois ne pas converger dans le même sens.
Dans un pays en paix, l'importance du CICR est de diffuser, conformément à l'un de ses rôles, le DIH. Il est vrai que c'est aux Etats de jouer ce rôle de prévention, mais le CICR peut organiser et assurer les formations.
Il peut arriver que les différentes représentations puissent partager certaines informations. Mais de manière statutaire les différentes représentations sont autonomes.
Une participante a soulevé le fait que les stratégies de communication du CICR semblent manquer de transparence, car selon elle, le CICR donnerait plus de crédit aux organes de presse internationaux. D'où la question de savoir comment il recrute les journalistes pour aller couvrir les évènements : appel à candidature ou recrutement à travers les réseaux ? Ni l'un ni l'autre. Il est ressorti de la réponse apportée que pour couvrir les activités du CICR, il faut avoir au préalable suivi une formation spécifique comme celle que l'assistance a reçu. Cette réponse a également fait ressortir une autre préoccupation, à savoir qu'est-ce que le CICR peut faire pour que les femmes journalistes dans les pays de la sous région puissent couvrir les conflits armés ? Pourquoi est-ce que les médias internationaux parlent plus facilement des atrocités que les journalistes qui sont sur le terrain des conflits armés ? Le débat est resté ouvert.
Dans l'ensemble, il est ressorti que pour les participant -e- s la journée était positive bien que très studieuse. Ils ont dit avoir mieux cerné la notion de DIH ; le rôle et le mandat du CICR et la place des femmes dans les conflits armés : selon qu'elles sont impliquées directement dans le conflit ou qu'elles sont des victimes. Les regrets exprimés ont tourné autour du fait que le temps imparti ne permettait pas toujours d'approfondir les débats selon les désirs ou que le CICR semblait parfois donner l'impression, par son devoir de neutralité, d'être complice des criminels de la guerre. Mais ce doute peut être levé si l'on tient compte de la nature juridique du CICR telle que présentée par Maria Teresa Garrido. En effet il s'agit d'une structure avec une identité juridique hybride : elle n'est ni une ONG, ni une organisation intergouvernementale. C'est une organisation humanitaire avec un statut étrange certes, mais unique. Elle jouit d'une personnalité juridique internationale et cela lui permet d'avoir des privilèges et des immunités (exemptions des impôts, de droit de douane, inviolabilité des locaux et de documents et immunité judiciaire). Au regard de cette position de privilégiée qui lui permet de toucher les victimes des conflits, sa priorité, si le CICR s'impliquait dans la répressions ou la dénonciation des violations il mettrait en danger un intérêt majeur : celui de la protection des victimes des conflits en cours et des conflits futurs. Il est important de garder à l'esprit que les privilèges probatoires dont le CICR jouit impliquent une justice imparfaite (secret de confession, secret professionnel, etc.)
Jour 2 - 15 janvier 2009
Séance 6 - Le genre et les DH par : Dorothée Ndoh Onguene[11]
Exposé sur le genre L'objectif de cet exposé était de : Ø Distinguer les ressources des DH Ø Identifier les sections consacrées à la dimension genre Pour ce faire, la séance a commencé par un jeu : « Power Walk », exercice permettant de mieux appréhender la notion de DH. Il a consisté en la distribution, hors de la salle de formation, à l'assistance de papillons où leur était attribué un nouveau statut social : ménagère ; ministre ; secrétaire de direction ; petite fille scolarisée ; femme d'affaire ; revendeuse des vivres ; avocate ; maire ; lycéenne ; fille de la rue... L'assistance devait se tenir sur une ligne et devait faire un pas en avant chaque fois qu'était énoncé une possibilité d'activité liée au nouveau statut acquis : influencer une décision au niveau municipal ; facilement rencontrer les membres du gouvernements ; prendre part à la conduite des affaires publiques ; aisément exprimer ses opinions ; joindre un syndicat de son choix ; régulièrement lire les journaux ; acheter des préservatifs ; négocier l'usage des préservatif... A l'issue, il est ressorti que celles qui étaient le plus éloignées de la ligne de départ étaient celles qui disposaient de plus de pouvoir, de par leur statut social ou leur capital économique : les ministres, les femmes d'affaires ou les députées. Tandis que les personnes qui n'étaient pas très éloignées de la ligne désignaient celles qui n'avaient pas de pouvoir de décision, et pas d'information. C'était souligner autrement dans le but d'attirer l'attention de l'assistance que c'est ceux qui détiennent le pouvoir qui sont chargés d'élaborer et de prendre les décisions pour les plus faibles. C'est la base du DH. Une fois rendue dans la salle l'assistance a été invitée, sous forme de brainstorming, à énumérer ce qui dans la société était caractéristique des rôles dévolus aux hommes et aux femmes. Ensuite, il s'est agi d'identifier parmi les éléments cités ceux qui tenaient exclusivement du social et ceux qui tenaient du biologique. L'exercice a permis de montrer que l'on a toujours accepté que les rôles présentés et assumés par les hommes et les femmes sont dits naturels, alors qu'en réalité il y en a plusieurs qui relèvent du social. Ce sont les individus qui par consensus définissent certaines caractéristiques comme étant féminines ou masculines. Cela a permis de démontrer que les identités de genre ne sont pas universelles. Elles varient en fonction des milieux sociaux et sont dynamiques. Définition du genre De l'anglais Gender, le concept genre a été introduit dès les années 1970. Son but était d'établir la différence avec la notion de sexe qui se réfère à un déterminisme biologique. Tandis que la notion du genre met l'accent sur le caractère social des distinctions qui sont fondées sur le sexe biologique. Sa problématique s'est fondée sur le constat que les femmes dans le monde continuent d'être pour la plupart désavantagées, subordonnées et privées de la pleine responsabilité de participer aux processus de développement, de prise de décision ainsi que des avantages qui en découlent. Elles constituent jusqu'à présent un groupe défavorisé par rapport aux hommes. Le concept de genre se réfère ainsi aux différences sociales qui définissent les rôles et responsabilités des hommes et des femmes ainsi que les facteurs économiques, historiques, sociaux, religieux, ethniques et culturels qui les ont façonnés. Ce qui dans une société représente le travail des femmes peut constituer celui des hommes dans une autre. Le genre s'acquiert par le biais de la socialisation et à partir de ces caractères de genre, les hommes et les femmes vivent différentes expériences, savoirs, perspectives et priorités dans la vie. C'est donc par essence une approche transversale, multisectorielle et interdisciplinaire, qui garantit la prise en compte et la lisibilité des rôles économiques et sociaux des hommes et des femmes. Le genre en tant que construction culturelle
Un rôle de sexe est une fonction qu'un homme ou une femme assume en raison des différences physiologiques ou anatomiques fondamentales existant entre les sexes. C'est un rôle biologique déterminé.Il ne peut être rempli que par l'un des deux sexes.
Ces rôles ne sont pas interchangeables, parce qu'innés, et biologiquement déterminés. Du sexe au genre Le sexe est l'élément de distinction des espèces mâle et femelle. Il renvoie à un ensemble d'éléments ou de caractères qui permettent de regrouper les espèces en mâles et femelles. Cette catégorisation a un rapport avec les organes dans le processus de reproduction. En ce qui concerne l'espèce humaine, seul l'homme est capable d'inséminer, seule la femme est capable de porter un enfant dans son ventre et de le nourrir au sein. Ces différences naturellement déterminées constituent des caractères permanents. Ce sont des différences sexuelles. Il n'y a pas d'autres caractéristiques spécifiques qui aient été naturellement attribuées au mâle ou à la femelle. Le sexe est inné, il relève de la nature des espèces. Les différences de rôles dans les fonctions de reproduction, avec les contingences historiques, socioculturelles, économiques et politiques, ont plutôt favorisé la mise en place de mécanismes qui ont considérablement affecté la vie de la femme, en limitant ses choix et ses opportunités, dans une organisation sociale destinée à assurer les fonctions vitales de la société. L'élément fondamental de cette organisation est le genre. C'est dire qu'on naît mâle ou femelle, mais on apprend à devenir homme ou femme dans un contexte social donné. Une fois que la mise au point sur la différence entre sexe (inné) et genre (acquis) a été faite la discussion a porté sur la thématique du DH et de la discrimination fondée sur le genre à partir d'un autre brainstorming. De cet exercice il est ressorti que le DH est avant tout un droit naturel attribué à l'Homme en tant qu'être humain pour son développement. Le DH est donc un ensemble de règles qui régissent la vie d'une personne. C'est un ensemble de droits qu'un individu a et qui sont immuables, inhérents même à la nature humaine. Le DH est un concept qui apparaît dans le droit naturel, c'est-à-dire le droit qui apparaît avant la création d'un Etat et qu'on ne peut pas remettre en question, à moins de remettre en question la nature de l'homme même. La codification du DH a aboutit à un ensemble de déclaration tel que la Déclaration Universelle des DH. Quand ces droits ne sont pas respectés ou bafoués on peut parler entre autres, de discrimination basée sur le genre, si son but est de compromettre la jouissance de certains services aux femmes. Ces discriminations peuvent être d'ordre politique, économique, sociale ou culturelle. Un autre exercice de mindmapping a permis de lister dans le détail ces catégories de discriminations. Ainsi pour l'assistance les discriminations politiques notées sont de l'ordre de la représentativité des femmes dans les cercles de prise de décision, le plus souvent corrigées de manière folklorique sous nos cieux. Une autre forme de discrimination, notamment dans les domaines social et culturel fait ressortir des tabous et interdits apposés aux femmes ; des rites de veuvages et autres pratiques néfastes tel que les mutilations génitales qui les rendent davantage vulnérables. La discrimination économique peut par exemple être liée aux faibles opportunités d'emploi destinées aux femmes, aux traitements salariaux inadéquats, etc... Dans de tels cas quelles sont donc les actions qui peuvent être menées ? - œuvrer à la vulgarisation des textes et protocoles promouvant les droits de la femme - œuvrer à la formation des femmes et à leur sensibilisation sur la thématique de la discrimination basée sur le genre - réaliser des productions axées sur les questions de discrimination basée sur le genre. En conclusion l'assistance a pu retenir que malgré cette omniprésence des discriminations basée sur le genre, il y a des droits qui sont garantis même si l'on est en situation de conflits et qui restent immuables. Il est vrai qu'en situation de conflit certains droits peuvent être restreints comme la liberté d'assemblée, ou de circuler par exemple. Mais il s'agit bien là de situations d'exception. Les droits comme celui de la vie ; l'interdiction de torture, de l'esclavage ; le génocide ou l'interdiction du viol par exemple ne peuvent souffrir d'aucune dérogation.
Séance 7 - Les mécanismes de règlement des conflits par Dr Kenfack[12]
L'objectif de cette présentation était qu'à l'issue les participant- e- s soient capables de - décrire les cadres juridiques des processus de paix - lister les différentes formes d'accords et autres processus de transition - définir les programmes d'appui aux processus de paix - distinguer les mandats des forces internationales.
La paix est un bien public, cependant sa jouissance peut être inégalement partagé. C'est ce qui est à la base très souvent des conflits en Afrique Centrale. Selon l'expert, on peut en distinguer trois principaux dans cette sous région :
- les conflits territoriaux ; - les conflits de légitimité et - les conflits internes. - Dr Jean Kenfack, a indiqué que la paix est une aspiration normale de tout être humain. C'est pourquoi quand il y a conflit, on s'atèle à la restauration de la paix et pour cela il existe en période de post conflit plusieurs mécanismes de retour à la paix.
Dans les débats, les participants ont appris que ces mécanismes sont utilisés selon les enjeux, la nature, les acteurs et la géographie des conflits
Séance 8- Les politiques de réparation des exactions commises sur les femmes en contexte de conflits armés dans la zone CEMAC par : Dr Mathias Owona Nguni[13]
A l'issue de l'exposé l'assistance devait pouvoir être en mesure de : - produire un répertoire des types de violences exercées sur les femmes en période de conflit ou de violence interne ; - lister les types de réparation et leur cadre juridique, politique et social ; - lister les différentes voies de recours des victimes de la guerre et des procédures y afférentes ; - lister les instances chargées d'appliquer les sanctions
Les violences dirigées contre les femmes constituent un aspect important des conflits armés sévissant en Afrique et en particulier en zone CEMAC. Ces violences sont des abus graves des droits humains motivés par des considérations sexospécifiques. En effet d'un point de vue socio anthropologique, la guerre a un genre : c'est une affaire d'homme (forte présence) au départ. Les violences faites aux femmes apparaissent dès lors comme le prolongement en temps de guerre, des discriminations existantes, des inégalités entre hommes et femmes observées dans les temps routiniers de la paix. Ces violences infligées aux femmes prennent souvent une forme emblématique à travers le viol ou la menace de viol.
De facto le viol devient donc une arme de guerre en plus d'une attaque de l'identité de genre. C'est également un moyen systématique d'humiliation, qui est heureusement sanctionné par le droit pénal humanitaire. Au viol, on peut aussi observer les cas de traite des femmes à des fins de prostitution et de proxénétisme de guerre. On constatera donc qu'en temps de guerre, le genre féminin est souvent victime d'une discrimination statutaire, parce que la guerre est présentée comme une activité phallocratique et androcentrique.
Les acteurs des violences et des exactions en temps de guerre contre les femmes peuvent également être identifiés : il s'agit souvent des membres des armées régulières ; des milices ; des groupes rebelles ; des éléments d'autorités privées ; des FA étrangères...Une fois cette radiographie des violences multiformes que subissent les femmes en période de conflits armés faite, il s'est agi pour l'exposant de préciser, pour l'assistance, les logiques de réparation quand elle existe. Comme logique de réparation, on a pu retenir entre autres : - la levée des impunités des chefs de groupe armés ou autres acteurs ; - le renforcement de la protection des droits des femmes ; - on peut aussi s'appuyer sur les textes et pactes internationaux ; - on peut faire appel à la règle de l'inopposabilité d'une amnistie générale. En effet l'amnistie ne couvre aucun crime international grave auprès de la CPI ; - ou encore faire valoir la règle de la compétence universelle, pour juger les criminels de guerre partout où ils pourraient se cacher ; - on peut aussi opposer la règle du défaut de pertinence de qualité officielle, qui s'applique aux acteurs de violences qui occupent des positions élevées après la guerre ; - les commissions de vérité et de réconciliation qui ont pour avantage de restaurer la transparence sur les abus commis pour obtenir la confession et le pardon afin de restaurer la paix.
En somme, les politiques de réparation visent à pallier l'absence de recours juridique d'indemnisation ou de réparation pour les femmes victimes de violations graves des droits humains particulièrement étendues du fait de la militarisation et de la situation de guerre qui entraînent l'essoufflement de la justice.
Préoccupations des participant-e-s et discussions Les débats qui ont suivis ont porté principalement sur l'effectivité des réparations et sur le rôle et les limites que pouvaient avoir les juridictions locales. En cela, il a été dit que les indemnisations des victimes sont rares, mais que pour ce qui est des juridictions locales, si elles se disent incompétentes face à des cas de violations graves des droits humains des femmes on peut toujours faire recours a la CPI, qui peut dès lors statuer.
La deuxième journée, tout aussi riche en exposés que la première, a connu une plus forte participation de l'assistance. Les préoccupations étaient beaucoup plus concrètes : il s'agissait par exemple de savoir qui pouvait faire recours aux fins de réparations des exactions commises en contextes de conflits armés et auprès de quelles instances ? Comment assister les victimes pour qu'elles obtiennent réparations et combien de temps cela pouvait durer ? Toutes ces discussions tournaient donc autour des exemples de situations des conflits armés dans la zone CEMAC ou en Afrique et des démarches judiciaires en cours.
De jeunes participantes, déjà conscientes de leurs responsabilités vis-à vis des femmes en détresse
Séance 9 - Les besoins spécifiques des victimes de conflits armés en matière de communication. par Grégoire François Mballa Owono[14]
L'objectif de cet exposé était qu'à l'issue l'assistance soit en mesure d'appréhender les besoins des victimes de conflits armés en matière de communication mais aussi de soutien.
L'exposant qui parlait en lieu et place de Monseigneur Joseph Befe Ateba ( prélat catholique/journaliste) empêché, a choisi comme paradigme un conflit où les victimes féminines ont suggéré elles-mêmes le type de besoins : il s'agit du conflit de pouvoir en Centrafrique qui a vu le départ de Ange Félix Patassé. Dans ce conflit en effet les femmes ont payé le prix fort dans les atrocités qui opposaient le camp de Bozizé et celui de Patassé. Ce dernier a fait intervenir les troupes du Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean Pierre Mbemba qui aujourd'hui est poursuivi par la CPI pour pillages, massacres, vols et viols. Cependant ces viols n'ont pas parlé d'eux-mêmes : il a fallu que quelqu'un les constate, les relate et qu'un dossier judiciaire conséquent soit constitué. Parmi ceux qui en ont parlé il y a des journalistes. Ces faits rapportés ont certes une consistance, mais la parole donnée aux victimes peut remplir des rôles cathartiques important. Car c'est dans la chair et dans le cœur de la victime qu'est commis le viol.
Préoccupations des participant-e-s et discussions
Après la lecture de l'exposé de Monseigneur Befe, les discussions ont plutôt porté autour des personnes incarcérées ou étant victimes de viols. Il s'agissait pour l'assistance de savoir, à partir de l'expérience de l'abbé Owono qui exerce souvent au sein de la prison centrale de Yaoundé, comment est-ce que quelqu'un qui est affecté ou diminué a envie de communiquer ?
1°- l'écoute De sa réponse, il est ressorti entre autres, que en premier le bourreau et la victime apparaissent tous les deux comme des victimes. En effet il a montré que les violeurs, pour certains restent traumatisés par l'acte qu'ils ont commis et qui a occasionné une privation de liberté forte. Le rapport entre le plaisir volé qui n'aura pas fait plus de cinq minutes et la peine qui va parfois à plus de deux ans d'incarcération ferme est très déséquilibré. Mais il y a aussi le risque pour les violeurs au sein des prison de se faire violer ou d'être transformé en esclave sexuelle et autres au sein du milieu carcéral par les caïds. Pourquoi ? Parce que les autres détenus ont tendance, aussi paradoxal que cela peut paraître, à vouloir rendre justice, à vouloir « faire la peau » aux violeurs. Ces types de viols masculins seront donc très fréquents dans les quartiers carcéraux 8 et 9 de la prison.
Pour ce qui est des femmes incarcérées, l'intervenant précise qu'on a rarement noté des cas de viols. Ce qui ne veut pas dire qu'ils n'existent pas. Mais il souligne plutôt qu'en lieu et place de viols, c'est souvent les « ententes cordiales rapides » entre détenus qui s'observent, sous le regard complice de certains gardiens de prison. Il existe tout de même quelques rares cas de viols pour les nouvelles arrivées. Toutefois les gardiens de prison ne peuvent pas l'avouer. Et les victimes elles-mêmes se réservent de dénoncer ces cas-là, de peur des représailles une fois que le prélat sera parti. La tâche reste donc délicate.
Dans ce cas donc : que peut apporter un homme de l'église à une victime violée dans les prisons et par extension en cas de conflits armés ?
2° le soutien
Le soutien est d'abord psychologique et tire sa genèse de la démarche que ce dernier peut apporter. Démarche dont peut s'enrichir le journaliste qu'and il est en face d'une victime. Il s'agit dans un premier temps, de ne pas lui poser trop de questions. Il faut laisser à la victime l'option de parler et de dire uniquement ce qu'elle a envie de dire ; de la laisser pleurer si elle en a envie, bref c'est une approche qui nécessite énormément de patience, parce qu'il faut donner du temps à la victime de se retrouver. Ensuite il est important de montrer à la victime qu'elle n'est pas coupable de ce qui lui est arrivé et que Dieu l'aime, qu'elle est un être humain malgré tout et pas une ordure (effectivement elle peut considérer qu'elle a été chosifiée parce qu'elle n'est pas un vrai être humain). L'abbé tenait à faire comprendre que pour les hommes la situation est encore plus difficile et peut s'inscrire parfois dans une très longue durée.
Pour résumer, face à une victime de viol que ce soit en milieu carcéral ou en période de conflit, l'attitude du prélat sera avant tout pastorale : il s'agit de gagner la confiance de la victime en premier. Ensuite le prêtre doit user de beaucoup de tact pour assurer sa propre survie ainsi que celle de la victime. Des attitudes préconisées également pour les journalistes dans la gestion médiatique des conflits, a-t-il conclu.
Séance 10- Partage d'expériences dans la couverture médiatique des conflits et des violences internes.
Il s'est agi d'une séance pratique où les consoeurs et le confrère devaient partager avec l'assistance leurs expériences dans la couverture des conflits armés et des situations de violences internes. A l'issue de la séance, l'assistance devait pouvoir être enrichie sur :
- Les images de quelques atrocités enregistrées par les journalistes ;
- Les dangers auxquels sont exposés les journalistes dans leur travail en période de conflit ; - les difficultés inhérentes à la couverture de ces événements.
Expérience 1 : Halimé Assadya Ali - Journaliste/reporter, Directrice de Radio Tchad.
L'expérience de Halimé peut être située à deux niveaux :
1 : Au cours du débordement de la crise du Darfour dans l'Est du Tchad où les femmes réfugiées et déplacées vivant dans cette zone sont systématiquement violées par les milices arabes appelées « Djandjawids », ou « Cavaliers de l'apocalypse ». Ce sont des hommes armés qui viennent du Soudan à dos de cheval, traversent la frontière et attaquent les villages. Ils tuent les hommes, brûlent les cases et violent femmes et filles de manière systématique. Ces femmes victimes sont souvent terrorisées et ont du mal à parler. Ce n'est qu'après 3 ans qu'elle a pu avoir des témoignages, entrecoupés de pleurs desdites victimes de viols.
2 : Elle a aussi pu rencontrer des victimes d'affrontements entre deux communautés et a été témoin des cas où : - une femme a été abattue à bout portant par un homme armé et qui plus tard dira l'avoir « prise pour une guenon ». - des femmes et des filles violées et qui sont transformées par la suite en esclaves sexuelles. Elle a aussi rencontré des vieilles femmes dont les sexes sont fermés par un cadenas par des hommes qui disent se venger ou venger leurs mères, sœurs ou filles, victimes des atrocités ou des exactions de la part des hommes de l'autre communauté.
Expérience 2 : Sylvie Panika- Journaliste/Reporter, Radio Ndéké Luka à Bangui(RCA)
L'expérience de Sylvie peut s'étendre à plusieurs périodes en RCA.
- Tout d'abord au cours de la période 1996-1997 où elle a couvert différentes mutineries qui ont secoué Bangui la capitale. La ville a été paralysée pendant deux jours et la radio n'émettait plus. Le troisième jour il lui a été possible de faire un reportage dans les rues de la ville, là où il y eut d'intenses combats ; à la morgue où elle a pu voir les corps des soldats mutins exposés.
- Ensuite le 28 mai 2001 lors du coup d'Etat manqué de l'ancien président André Kolingba. L'attaque a eu lieu à la résidence du Chef de l'Etat alors en poste, Félix Patassé. Plusieurs morts ont été enregistrés. Les membres de l'ethnie Yakoma de l'ancien chef de l'Etat, Kolingba, étaient traqués, torturés et massacrés. Ces tueries ont duré plusieurs jours au vu et su du pouvoir de l'époque. La radio privée Ndeke Luka (Oiseau de la chance) où elle travaille consacrait la plupart de son temps à dénoncer ces multiples cas de violations des droits humains.
- Après de 2002 à 2003 avec le phénomène des banyamulenge, les rebelles du MLC de Jean Pierre Mbemba. Pour elle c'est le plus grave crime commis contre l'humanité. Car les Banyamulengué massacraient, violaient, pillaient et se livraient au cannibalisme sur certains cadavres. Ils demandaient parfois aux garçons de coucher avec leurs mères, leurs sœurs ou leurs filles en public. Ceux qui ne voulaient pas le faire étaient systématiquement tués. Les officiers des FACA étaient déshabillés. Les animaux domestiques n'échappaient pas non plus aux massacres.
- En fin le 15 mars 2003 lors de la prise du pouvoir par Bozizé. On a constaté de multiples cas de violations des droits de la personne et des violences sur la population civile. Elle a par exemple fait un reportage sur une jeune fille d'environ 25 ans qui a été violée par un groupe de cinq militaires.
Expérience 3 : Sidonie Pongmoni Journaliste/Reporter, Cameroon Radio Television
L'expérience professionnelle de Sidonie dans la couverture des conflits s'enregistre dans le phénomène des coupeurs de route à l'Est du Cameroun : « ...Ce phénomène récurent a atteint son apogée avec l'attaque survenue à Dimako près de Bertoua du préfet du Mbéré à Meinganga. Il a été attaqué et pris en otage. Pendant près de 4heures des véhiculent ont été immobilisés et les personnes à l'intérieur fouillées et dépouillées de leur bien. C'est grâce à la bravoure d'un officier supérieur de l'armée camerounaise que ces coupeurs de route ont pris la clé des champs après un échange de coup de feu nourri... » A la suite de cette expérience, Sidonie a décidé de suivre les traces des coupeurs de route à travers la réalisation d'un documentaire. Cette production l'a conduite à parcourir les foyers des coupeurs de route, à l'Est du Cameroun notamment, dans l'arrondissement de Garoua-Boulaï, de Bétaré Oya, de Kentzou dans le district de Ouli. Cela lui permit donc d'identifier le mode d'opérations des coupeurs de route : il s'agit de l'attaque des véhicules ; des enlèvements des enfants des éleveurs dans les marchés à bétail contre paiement de fortes rançons. Ils font un repli systématique après chaque coup de l'autre côté de la frontière que le Cameroun partage avec la RCA.
Expérience 4 : Djamo Haman - Journaliste/Reporter, Cameroon Radio Television (station régionale de l'Extrême-Nord)
Pour Djamo, qui a également une expérience dans la couverture médiatique du phénomène des coupeurs de route, dans la zone du Nord/Cameroun, ce phénomène se caractérise par les actes de banditisme de grand chemin. Le sociologue Saïbou Issa (Directeur de l'Ecole Normale Supérieure de Maroua/Cameroun) situe ce phénomène sur une cartographie régionale suivant le schéma ci-après : - les coupeurs de route se ravitaillent en armes (kalachnikov) en RCA - ils se rebellent au Tchad pour s'approvisionner en minutions et en uniformes - et atterrissent au Cameroun pour prendre de l'argent.
Leurs modes opératoires sont multiformes. On peut citer : - attaque classique où ils dépouillent les victimes sur les routes - rapts/ enlèvements contre paiement d'une rançon, généralement plusieurs millions de FCA extorqués aux éleveurs en cas d'issue heureuse. Pour les cas contraire, les otages peuvent être assassinés. En 2008 douze otages ont ainsi été assassinés dans le Mayo Kani
Quelques fois, les forces de maintien de l'ordre réussissent à libérer les otages sans paiement d'une rançon, sans coup de feu. En bref, comme incidences réelles on a des otages exécutés, des militaires qui sont tués, et l'enlèvement des enfants des bergers, cible de choix. Ces coupeurs de route ont comme informateurs, les enfants, les femmes ou les hommes qui sont proches des éleveurs. Les victimes les plus exposées restent les enfants et les femmes.
Expérience 5 : Carole Yemelong - Journaliste Reporter, Radio Television Equinoxe et La Nouvelle Expression (Douala/Cameroun)
« Les évènements de février 2008 ont commencé à Douala bien avant le 25 février. Le 23 février le SDF avait organisé une manifestation contre la modification de la Constitution, dont le débat avait cours dans la république. Le 13 février déjà, le gouverneur avait pris une mesure interdisant les manifestations publiques. Ainsi la marche du SDF a été réprimée. Bilan 2 morts, de nombreux dégâts matériels le long de la route conduisant à la sortie Est de la ville de Douala. Le lundi 25 février, aucun transporteur par taxi n'était visible. La ville de Douala était paralysée. La marche était le seul mode de circulation. Ce lundi était relativement calme mais dans l'après midi, les casses ont commencé, avec les barricades sur les voies. Le mardi les choses sont allées de mal en pis. A Bonabéri, un quartier de Douala, un groupe de jeunes a été pris dans le champ de tir de la police. Et pas loin de là, un jeune d'une dizaine d'année a pris une balle. Les journalistes qui se trouvaient dans les parages ont vu leurs matériels de travail confisqués par les forces de l'ordre afin d'interdire aux journalistes de filmer. Plus tard toute la ville s'est embrasée. La police s'est mise à la chasse des groupes qui faisaient la casse. Elles s'en prenaient aux personnes manifestant devant les caméras. Le troisième jour après le discours radio télévisé du Chef de l'Etat, il y a eu comme un regain de violence. Les journalistes étaient pris entre deux feux et pendant une semaine je n'ai pas dormi chez moi, parce que la police semblait en vouloir aux journalistes qui filmaient ces évènements, et les groupes de jeunes également taxaient les journalistes de corrompus, ne leur faisaient pas confiance, bref personne dans ce chaos n'était à l'abri de la violence. »
Séance 11 - La couverture médiatique des conflits : posture et éthique journalistique par : Richard Touna[15]
A l'issue de cette séance de travail l'assistance devait être capable de :
- apprécier les différentes postures professionnelles dans les contextes de couverture des conflits armés ; - apprécier les possibles adaptations de l'information aux types de média, au genre et au format journalistique ; - envisager de nouvelles approches dans la prise en compte de la problématique conflits, genre et médias en zone CEMAC
L'exposant a commencé par une observation préliminaire : la couverture médiatique d'un conflit présente un danger pour le journaliste qu'il soit un homme ou une femme. Mais au-delà des risques il y a l'impératif d'informer l'opinion d'une part, et d'autre part le journaliste face à son directeur de publication à l'obligation de résultats.
La couverture des conflits armés pour le journaliste reste un combat. Combat pour sa sécurité, mais également combat pour la qualité de l'information. D'où la question de savoir si cette obligation de résultat ou cet impératif d'informer l'opinion publique doit se faire au péril de sa vie.
L'intervenant a par la suite proposé un exercice pratique à l'assistance. Il s'est agi de lire par l'une d'entre elle, une brève relative à une situation de conflits armés et où une journaliste a perdu sa vie. On y raconte un peu les circonstances, mais aussi les réactions de son entourage. De cet article de presse, il est ressorti que cette journaliste aimait son métier et le connaissait bien. Mais elle a pris beaucoup de risques face à l'ampleur du danger. Ce fut donc l'occasion pour l'exposant de souligner le fait indéniable que le journaliste peut être face à une pression énorme et insupportable, à une ambiance oppressante qui fait en sorte qu'il veuille vaille que vaille avoir l'information. Mais il ne devrait pas perdre de vue qu'aucun sujet ne mérite qu'on perde sa vie.
Préoccupations des participant-e-s et discussions
L'assistance a par la suite été sollicitée par l'intervenant pour savoir s'il y aurait une sensibilité spécifiquement féminine à couvrir des conflits armés. Cela a permis d'ouvrir les débats. Ils ont été tous unanimes : l'angle d'approche de la femme peut faire ressortir une sensibilité particulière d'un sujet couvert. De cette réponse, une question sous jacente a émergée : les femmes journalistes de la zone CEMAC sont-elles de ce fait prêtes à couvrir des conflits armés. La réponse, qui par la suite a pris la forme d'une des résolutions de l'atelier de formation, était que les femmes journalistes d'Afrique Centrale sont disposées à couvrir les situations de conflits armés, de violences internes et d'opérations de soutien ou de restauration de la paix. L'intervenant a conclu en signalant qu'il n' y a pas de règles définitivement écrites qu'il faut appliquer pour couvrir les conflits armés. Le journaliste doit utiliser son intelligence pratique en fonction des situations : c'est du journalisme pratique. Les risques, autrement dit, doivent être gérés par chacun en fonction des attentes. Cependant le journaliste ne doit pas se mettre dans des situations qui le mettraient en danger comme par exemple essayer de couvrir un conflit armé sous la couverture physique d'une des parties en conflit, car celle-ci est une cible précieuse d'attaque de la partie adverse.
Séance 12 - Clôture du séminaire avec lecture et adoption par les participant -e-s de la résolution finale.
Dans un exercice d'évaluation globale du séminaire par les participants, une unanimité s'est dégagée sur la pertinence de la thématique, et les aspects de la gestion des conflits abordés tout au long de la rencontre.
Bien que relativement satisfaits du déroulement des travaux et des enseignements reçus, les participants à ce séminaire sont visiblement restés sur leur soif quant à la protection des journalistes en contextes de conflits armés, et le concours espéré des organisations humanitaires pour l'accès des femmes de médias dans les zones déstabilisées.
Tout en déplorant la faiblesse des possibilités qu'offrent les organismes qui les emploient en vue d'une couverture médiatique optimale des questions liées aux conflits armés en zone CEMAC, ils ont néanmoins réaffirmé leur engagement à œuvrer à travers leur métier pour la défense des droits de la femme et la promotion d'une paix durable dans la sous région.
Cet engagement s'est traduit par la mise sur pied d'un réseau des femmes de médias pour la paix en zone CEMAC- en abrégé RFMP/CEMAC. Le réseau ainsi créé s'est donné :
Ø une mission
Œuvrer pour une présence plus accrue des voix et perspectives de femmes sur les questions liées à la paix et au développement dans les médias en zone CEMAC.
Ø Des objectifs
Une vision consignée dans les résolutions et les recommandations (page ci-dessous).
Un comité adhoc chargé de l'élaboration d'un programme d'activités du RFMP/CEMAC a été immédiatement mis sur pied, composé de Sidonie Pongmoni et Margaret Fombe du Cameroun, Sylvie Panika et Chantal Moehama de la RCA, Halimé Assadya Ali Brahim et Achta Saleh du Tchad
- Halimé Assadya Ali (Tchad) durant son témoignage : « une femme a été abattue à bout portant par un homme armé et qui plus tard dira l'avoir « prise pour une guenon ».
RECOMMANDATIONS
Nous, femmes des médias du Cameroun, de la République Centrafricaine et du Tchad, réunies en atelier sous régional sur le thème : « le rôle et le statut des journalistes dans des contextes de conflits armés, de violences internes et d'opérations de soutien de la paix » du 14 au 16 Janvier 2009 à Yaoundé au Cameroun, recommandons :
1- Aux Etats membres de la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC): - La mise en place de mécanismes destinés à nous assurer une protection dans l'exercice de notre profession en contextes de conflits et violences internes ;
- La garantie d'un meilleur accès aux sources d'information ;
- L'adoption et la pérennisation d'une politique visant à assurer aux femmes de médias de la zone CEMAC, des cadres de formation continue ;
2- Aux responsables des médias publics et privés : - Un meilleur accès et une présence significative des femmes aux postes de décision dans leurs organes de presse ;
- des politiques de programmation et de rubrication accordant plus d'espaces pour la diffusion des émissions et des articles traitant des questions féminines et du genre ;
- La mise en place d'un cadre de partenariat entre médias de la sous région, en vue de la co-production, échanges et diffusion à travers l'espace communautaire, des émissions et des articles produits sur la problématique genre et conflits, les violences internes et les processus de restauration de la paix en zone CEMAC.
Fait à Yaoundé le 16 Janvier 2009 L'atelier
RESOLUTIONS
Nous, femmes des médias du Cameroun, de la République Centrafricaine et du Tchad, réunies en atelier sous régional sur le thème : « le rôle et le statut des journalistes dans des contextes de conflits armés, de violences internes et d'opérations de soutien de la paix » du 14 au 16 Janvier 2009 à Yaoundé au Cameroun nous engageons à :
- Mettre sur pied et à faire fonctionner un réseau des femmes des médias pour la paix en zone CEMAC ;
- Couvrir les situations de conflits armés, de violences internes et d'opérations de soutien ou de restauration de la paix en Afrique Centrale ;
- Mettre le professionnalisme dans la défense des droits des femmes dans les contextes de conflits, de violences internes et de promotion de la paix ;
- Œuvrer à travers nos organes d'information pour la promotion d'une culture de paix au sein des communautés de la zone CEMAC ;
- Valoriser à travers nos tribunes d'expression les initiatives des femmes en faveur du rétablissement et de la consolidation de la paix dans les zones de conflits ou de violences ;
- Mettre notre expertise socio professionnelle au service de la paix et du développement à l'intérieur de l'espace communautaire.
Fait à Yaoundé le 16 Janvier 2009 L'atelier
Au moment où nous bouclons ce rapport, nous sommes encore consternés par le décès brutal de Richard Touna Ombé, journaliste de grand talent et doté de nombreuses qualités humaines, qui aura entretenu les participant-e-s sur la posture et l'éthique journalistique dans les contextes de conflits armés et de violences internes.
Selon le témoignage de la présidente de l'antenne camerounaise de IAWRT, Richard aura joué en amont un rôle de premier plan dans la préparation de ce séminaire : de l'identification des personnes ressources à la mise en forme des documents, en passant par la sélection de quelques participantes dont il appréciait (souvent de loin) le talent et le dynamisme professionnel.
Nous avons eu le privilège de partager sa riche expérience professionnelle, cinq jours avant sa mort, à 38 ans seulement.
Nous souhaitons humblement lui dédier ce modeste travail.
Richard Touna, photo du 16 janvier 2009, décédé le 22 janvier 2009
Cet atelier de formation a reçu l'appui financier de l'ambassade de Suisse au Cameroun et a été mis en œuvre avec le concours technique du CICR Délégation régionale de l'Afrique Centrale, Yaoundé. Nous tenons à leur exprimer notre profonde gratitude.
Nos remerciements :
Ø au ministre de la Communication du Cameroun, Monsieur Jean Pierre Biyiti Bi Essam qui a bien voulu parrainer cette initiative ;
Ø au Directeur Général de la CRTV Monsieur Amadou Vamoulké qui a apporté sa caution morale ; et
Ø à toutes les personnalités présentes qui, par leur participation effective à la séance d'ouverture de l'atelier ont contribué à apporter plus de crédibilité à cette entreprise.
L'ambassadeur de Suisse au Cameroun, S.E Etienne Thévoz en compagnie du Directeur Général de la Cameroon Radio Television, Amadou Vamoulké.
Les différent -e - s intervenant - e- s - Maria Teresa Garrido - Lydie Essissima - Rosine Kam - Dorothée Onguene Ndoh - Jean Kenfack et Pr Olinga Alain Didier - Mathias Eric Owona Nguini, - Monseigneur Joseph Befe Ateba (évêque de Kribi) et L'abbé Grégoire Owono Mbala - Richard Touna qui par la riche qualité de leurs exposés ont édifié l'assistance : nous leur en sommes infiniment reconnaissants. Les participant - e -s par leur intérêt pour la thématique, mais aussi pour leur participation effective aux travaux, puissent-ils trouver ici l'expression de notre émoi de satisfaction. Et en fin, à celui qui a brillé tout au long de cet atelier par sa discrétion, mais qui est resté à l'affût de tout ce qui s'est dit et grâce auquel nous pouvons avoir ce rapport aujourd'hui. Bibliographie
- CICR. 2004. Droit International Humanitaire, réponses à vos questions. Genève, 2nde édition.
- CICR. 2008. Les femmes et la guerre. Genève.
- Elisabeth Rehn, Ellen Johnson Sirleaf. 2002. « Les femmes, la guerre et la paix » In : Le progrès des femmes à travers le monde. Vol 1.
- Les protocoles additionnels aux Convention de Genève du 12 août 1946.
Le Directeur Général de la Cameroon Radio Television- Amadou Vamoulké (au centre), Halimé Assadya Ali en noir (Directeur de la Radio Nationale Tchadienne), Achta Saleh en rouge (Télé tchad) et Djamo Haman (CRTV/Extrême-Nord) sont manifestent fiers de la caution apportée par leur aîné à cette activité.
[1] Elisabeth Rehn, Ellen Johnson Sirleaf. 2002. « Les femmes, la guerre et la paix » In : Le progrès des femmes à travers le monde. Vol 1. [2] Déléguée communication de la Délégation régionale du CICR à Yaoundé. [3] CICR. 2004. Droit International Humanitaire, réponses à vos questions. Genève, 2nde édition, p 4. [4] Idem,pp17-8. [5] Idem,p 14. [6] Conseillère juridique à la Délégation du CICR à Yaoundé. [7] CICR. 2008. Les femmes et la guerre. Genève, p11. [8] Idem, p 14. [9] Les protocoles additionnels aux Convention de Genève du 12 août 1946 : Chapitre III - Journalistes. [10] Assistante du département de Communication de la Délégation régionale du CICR à Yaoundé. [11] Représentante du Centre des Nations Unies pour les Droits de l'Homme et la Démocratie en Afrique Centrale (CNUDDHD). [12] Enseignant de Droit à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun - IRIC/Université de Yaoundé II. [13] Politologue, enseignant à l'Université de Yaoundé II. [14] Abbé/journaliste, curé de la paroisse de Kodengui - Yaoundé/Cameroun. [15] Directeur de Publication : Repères. |
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